Written in December 2017, this text predates the ecosystem it eventually produced. It speaks neither of currency nor of applications: it raises a question of identity, then puts forward a proposal for society. Neokraal is its practical form. It is reproduced here in full, uncut and unrevised — in its original French.
Dans l'ordre d'une régénérescence collective, une société viendra à prendre conscience de défis qui sont siens, de troubles d'une partie d'elle-même et de l'impératif quant à se « lever pour quelque chose » devant le péril de « tomber pour n'importe quoi », sinistre sort de l'arbre que les vents emportent. Alors elle viendra à prendre conscience de failles intrinsèques aux piliers des ordres politiques en Afrique et de responsabilité à elle-même liée. L'Etat, réalisera-t-elle, est à la fois tous et personne ; curieuse réalité de l'être abstrait.
Lorsqu'en 476 l'Empire Romain s'éteignait, se fanaient avec lui les fleurs héritées du beau génie grec. Obscurantisme médiéval, Dictature théocratique ou Théocratie dictatoriale de la Croix, beauté de la Renaissance et des Lumières, Révolutions, Modernité « anciennophobe » puis occidentalisme universaliste (Esclavage, Colonialisme, Néocolonialisme) qui s'ensuivront révéleront plus une logique conflictuelle qu'un vivre-ensemble en fait de commune destinée. « Fin de l'histoire » a-t-on brandi, étonnante pensée-fille du positivisme comtien. L'Afrique s'en nourrira. Précédemment, l'Orient apportait par son lot de valeurs, douleurs et lumières (cultures sémites, traite négrière arabe, monothéismes juif, chrétien et islamique, etc.) un discours sur l'Homme, Dieu, le sens de la vie ; sur cette terre d'Afrique elle-même brillant foyer d'expressions existentielles et de paradigmes culturels. Aujourd'hui encore, le phénomène de globalisation y fait atterrir les exotiques les plus nordiques comme les plus austraux, entrainant une métamorphose civilisationnelle. Qu'est-ce qu'alors l'identité, ce mot brandi de toutes parts ?
Au regard de ce que nous avons traversé comme histoire, nombre de cultures nous ont embrassés. Car notre histoire est une histoire d'héritage, mais aussi de transformation et d'invention. C'est encore une histoire de rencontres avec des hommes et des femmes venus d'ailleurs, transformant et inventant différemment. Nous avons appris d'eux et eux de nous parce que la diversité est aussi richesse pour l'humanité. Ainsi est une première identité, une identité mouvante ; à l'image du corps qui se transforme biologiquement, elle est soumise à une tectonique culturelle.
Puis vient une identité existentielle. Les circonstances de l'humaine destinée ont en effet fait de nous culturellement et socialement multiples. Elles ont fait de nous athées, agnostiques, croyants ou encore médecins, astronautes, ministres, rois, présidents, esclaves, riches, pauvres, éboueurs, députés, opérateurs économiques, SDF, peulhs, touaregs, haoussas, ibos, zarmas, soninkés, wolofs, etc. Mais au-delà de ces superficialités se trouve l'humain tout court. Et au tréfonds de l'humain se cache la quintessence, une sorte de graine plantée dans le cœur métaphysique. En la découvrant, notre regard de l'œil intérieur s'est porté jusqu'aux frontières de l'Universel. Et chaque fois que nous nous en sommes rapprochés, toutes nos prétentions se sont effondrées. Là en vérité est la vérité de l'Homme et une trace fort splendide de la Vérité avec capital V. Celui qui disait de lui-même « Je suis la Vérité » a peut-être été noyé dans le fleuve de l'Universel.
Chacun interprétant l'existence, le sens de la vie, Dieu, la mort selon ce qui lui a été donné de saisir, nous nous sommes retrouvés divergents devant une même réalité. Mais nul n'imposera une identité existentielle à autrui. Car la liberté de conscience est le droit le plus précieux qui ait jusqu'alors été acquis par le Droit positif. Chacun après tout sera responsable de ce qu'il aura acquis pour lui-même face à l'existence.
Toutefois, devant ce pluralisme, il faut nécessairement s'inscrire dans une identité de principes, celle acquise sur le terrain de l'Ethique aussi bien théorique qu'appliquée : nous aurons donc identité commune au nom de défis communs tels la dignité humaine, la justice sociale, la sécurité collective, les problèmes environnementaux, etc. Voici le premier esprit de la CONFLUENCE ! C'est une complexité identitaire, avec pour colonne vertébrale l'identité existentielle.
Quant à la Confluence politique, elle est un dépassement de la dialectique tripolaire « Pouvoir ; Opposition ; Société civile » qui a trahi l'essence vraie du politique. Cette notion a fatalement été mutilée et réduite à sa dimension du pouvoir, et le pouvoir lui-même est devenu objet de conquête. Or, une société forte et solidaire ne se construit pas dans la dialectique brute et le conflit d'intérêts, tous deux opposés au souci du commun destin. C'est pourquoi la confluence politique devra conduire à l'expression épanouie d'une société supra-civile, issue de la confluence identitaire : des hommes et des femmes formés dans tous les domaines des connaissances (Philosophie, Droit, Sciences politiques, Economie, Génie civil, Informatique, Théologie, Architecture, Tourisme, Aviation...) ainsi que sans formation et œuvrant au-delà des postures victimaires d'une société civile pleurnicharde et de la démission honteuse d'une partie des classes dites politiques. Une société qui se prend en charge, dans la patience douloureuse et l'espoir d'une dynamique sociétale en Afrique.
Aucun individu n'est un échec social ; toute exclusion académique ou professionnelle est une erreur systémique. Un individu viendra alors sans diplôme aucun, ou diplômé sans emploi, ou encore sans éducation autre que celle donnée par le hasard des circonstances, mais sera une perle pour la société supra-civile ; qu'il sache porter une brique ou manifester un bref amour sincère est déjà une valeur. Cette société-là est finalement plus un état d'esprit qu'une entité nouvelle sur l'échiquier sociopolitique. Tel est le deuxième esprit de la CONFLUENCE.
Il faut finalement assumer une cohérence entre Confluence identitaire et Confluence politique : c'est en substance l'essentiel de la philosophie propre à la Fédération Confluence d'Esprits. Faites à vous-mêmes ce que vos gouvernants ne vous ont pas fait, patientez et obéissez ; mais qu'il ne soit pas touché à votre conscience ! Car là est absolument la frontière indépassable entre le pouvoir étatique et la liberté citoyenne.
Il est certain que l'influence de masse a souvent secoué des consciences, mais une dynamique sociétale est en réalité beaucoup plus une affaire de détermination que de nombre. Voyez donc cet homme qui, à lui seul, faisait office de communauté. Des individus pourront alors se lever ou ne pas se lever. Mais quelle influence ? Des hommes et des femmes sont déjà en route et la société supra-civile en marche. Parce que bientôt le soleil devra se lever.
Si enfin le présent manifeste devrait être résumé, ce serait en ces termes : tout pouvoir irresponsable et sans conscience est le reflet de sa société. Si vous le faites chuter, vous changerez une situation ; mais si avec conscience et responsabilité vous vous réformez et prenez en charge le peu possible, vous toucherez la matrice de toutes les situations, alors il sortira de vos reins une génération qui reflétera la conscience et la responsabilité qui lui ont donné jour. Mais avant tout, qui êtes-vous ? Si vous ne savez pas y répondre, vous ne saurez résister aux épreuves d'une voie ou d'un système !
Seydou Abdoul-Latif — December 2017